Non, je ne veux pas bloguer sur
le recueil de nouvelles d'
Albert Camus. Mon sujet est complètement différent, mais j'ai toujours aimé le titre et je songeais à l'utiliser comme titre de billet. Ce billet est en fait un de ceux commémorant
le 175e anniversaire du SaguenayLac-St-Jean. Je viens de Chicoutimi, j'y ai grandi, j'ai passé les vingt premières années de ma vie là, j'ai également gardé l'accent du Saguenay. Comme beaucoup de Saguenéens, je me suis expatrié, d'abord pour les études, ensuite pour des raisons professionnelles, économiques et sentimentales. Je m'ennuie souvent de l'endroit, mais en même temps je me dis que je ne me reconnaîtrais plus vraiment dans ma région, à cause notamment
d'un certain personnage public, que je ne nommerai pas ici. Je dis souvent que je suis un expatrié, mais l'expression exilé conviendrait peut-être mieux. On est loin du Royaume, on sent ses racines très vivaces, d'ailleurs les gens vous le rappellent, cela dit la vision du Saguenay que l'on a est déjà fausse, ou bien dépassée, ou alors on a changé et on ne se reconnait déjà plus dans la région telle qu'elle est maintenant. Peut-être qu'on en a un souvenir déformé par la nostalgie.
Ca arrive à bien des Bleuets, je crois: on quitte la région d'abord pour quelques années, en se promettant d'y retourner pour y vivre, et ensuite on se rend compte que le travail est ailleurs, qu'il faut quitter la région pour vraiment s'épanouir, ce qui est en soi une terrible découverte. "
Chicoutimi, on en a vite fait le tour" m'a dit une fois un prof de philo de Montréal avec qui je prenais parfois un verre sur le Plateau (je l'ai déjà mentionné
ici). Il avait enseigné à Chicoutimi au début de sa carrière. Cétait une observation un peu cruelle, mais c'est malheureusement vrai. Je me demande parfois si c'est la rivière Saguenay qui nous mène à l'exil: on a le goût de la suivre, de voyager, on la descend, puis on remonte le fleuve vers Montréal, finalement on se retrouve ailleurs et on se trouve un peu perdu. En même temps, je l'ai déjà dit sur Vraie Fiction, on n'est jamais autant Saguenéen que lorsqu'on est appelé comme tel par des gens hors de la région. Bleuet, c'est une étiquette donnée par d'autres.